Président : Alain Jousten (ULiège)

Les incitations au départ à la retraite en Belgique: évolution et défis
Mathieu Lefebvre (Université de Strasbourg)

Alors que la Belgique a longtemps été caractérisée par un taux de participation des seniors au marché de l’emploi les plus bas d’Europe, elle connait actuellement un renversement de la tendance. Depuis le début des années 2000, les taux d’emploi des hommes âgés de 55 à 64 ans augmentent graduellement. De nombreuses études ont montré l’importance des systèmes de retraite et des programmes de départ du marché du travail dans l’explication de la faible activité des travailleurs âgés. Dans cet article, nous étudions les comportements de départ des travailleurs âgés en Belgique au cours des années 2004-2014. À partir de données administratives individuelles, nous simulons pour chaque personne les droits à la retraite dans les différentes voies de sortie disponibles et estimons une série d’indicateurs d’incitation à quitter le marché du travail. Le caractère longitudinal de nos données nous permet de prendre en compte les réformes importantes qu’ont connues les programmes au cours de la période étudiée. Nous estimons ensuite économétriquement un modèle d’offre de travail en contrôlant pour une série de facteurs démographiques et socio-économiques afin d’identifier l’effet résiduel des incitations contenues dans les programmes de départ. Nos résultats montrent le rôle significatif de ces incitations dans le choix de quitter le marché du travail. Des simulations de changement de programmes illustrent ces effets.

Retirement and claiming: an increasing divide
Anne-Lore Fraikin (ULiège) & Alain Jousten (ULiège)

The paper describes employment and retirement trends of employees aged 55 to 64 using a representative administrative panel dataset covering the years 2004 to 2010. It decomposes retirement and benefit claiming trends into four subcategories in order to analyze the possible dissociation of both phenomena. Our results show that numerous forms of early benefit claims in Belgium come along with continued benefit accrual – pointing at the importance of such a decomposition for labor market and fiscal analysis of delayed retirement. Though based on Belgian data, the analysis is highly relevant for other countries as situations of simultaneous work and benefits claim are becoming increasingly common.

Les allègements permanents des charges salariales pour travailleurs âgés: un instrument efficace pour maintenir l’emploi et retarder la prépension ?
Andrea Albanese (LISER) & Bart Cockx (UGent)

Cette étude examine sur base d’une méthode de doubles différences pondérées les effets sur l’emploi et les salaires d’un allègement des charges salariales de 400 EUR par trimestre, instauré en 2002 par l’autorité belge pour les travailleurs de plus de 58 ans. Elle conclut que cet allègement des charges a entraîné une augmentation significative (de 2,6 points de pourcentage) des chances que les travailleurs à haut risque de prépension – en particulier les travailleurs à bas salaire de ce groupe – restent au travail. Toutefois, il n’a pas affecté le taux de rétention des autres travailleurs âgés, ni le salaire brut. Une analyse coût-bénéfice conclut que l’allègement a induit un coût net à la société de 3.400€/mois par emploi sauvé. Même si l’allègement pouvait être ciblé sur les travailleurs à haut risque de prépension, il n’engendrait pas de bénéfice net à la société. L’étude démontre que l’âge n’est donc pas un critère efficace de ciblage des allègements de charges.

Marché du travail et sécurité sociale : analyse SWOT
Koen Vleminckx (SPF Sécurité sociale)

Développements récents dans l’emploi des plus âgés dans l’UE
Ettore Marchetti (Commission européenne, DG emploi)

L’évolution de la force de travail dans l’UE est poussée principalement par les tendances démographiques. On aperçoit néanmoins des modèles de développement utiles aux politiques de marché de travail et de retraite. La participation au travail semble dépendre plus des options en fin de carrière que du changement dans la composition des forces de travail. En outre, le retard récent de la sortie d’emploi a eu comme conséquence des faibles augmentations parmi les chômeurs et les sorties de la force de travail pour raisons de santé. Face à la hausse de l’âge légal d’accès à la pension, une participation au travail accrue par les personnes près de l’âge de retraite est nécessaire pour assurer un revenu indispensable au maintien du niveau de vie sans interruption. Ceci est loin d’être garanti; différents modèles mènent à conclusions différentes. Des politiques de soutien à l’emploi des seniors, par les autorités publiques et par les entreprises, sont nécessaires.

Augmenter la durée des carrières : la seule réponse possible au vieillissement ?
Vincent Vandenberghe (UCLouvain)

D’ici à 2050, la proportion des plus de 60 ans devrait passer dans les pays développés de 20 à 33 % de la population. Reflet de l’allongement de l’espérance de vie, ces chiffres traduisent un extraordinaire progrès de civilisation. Mais ils pointent aussi de sérieux défis, dont celui du maintien d’une proportion suffisante d’actifs. Comme le travail rémunéré reste le principal facteur de production des richesses, l’impact du vieillissement sur le niveau de vie par habitant serait, en première approximation, proportionnel à la baisse de la part de population au travail. Les simulations indiquent une baisse, selon les pays européens, de 10 à 22% entre 2005 et 2050. Il est heureusement possible de compenser l’effet négatif du vieillissement, notamment sur le volume global de travail presté. L’allongement de l’espérance de vie s’accompagne d’une augmentation de l’espérance de vie en bonne santé. On pourrait en déduire que la mesure par excellence pour augmenter la population au travail consiste à augmenter progressivement la durée des carrières. Pourtant, on aurait tort d’y voir le seul moyen de compenser les effets du vieillissement sur la proportion d’actifs.