Présidente : Mélanie Volral (UMONS)

Monitoring socio-économique : marché du travail et origine
Valérie Gilbert (SPF Emploi)

Cet article reprend quelques éléments clés du Rapport Monitoring socio-économique « Marché du travail et Origine – 2017 ». Ce rapport actualise et complète, entre autres via l’introduction du niveau de diplôme, les données des deux précédents rapports analysant la position socio-économique des personnes d’origine belge et étrangère. L’approche utilisée consiste à appréhender l’origine des personnes via l’intégration, dans le Datawarehouse marché du travail et protection sociale de la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale, de données provenant du Registre national, relatives à : la nationalité des individus et de leurs parents (à la naissance et actuelle), l’obtention de la nationalité belge (des individus et de leurs parents) et l’inscription au Registre national. Cet article débute par une brève description des deux variables utilisées dans le rapport que sont l’origine et l’historique migratoire. Il analyse ensuite la position socio-économique (emploi, chômage et inactivité) et les caractéristiques de l’emploi des personnes (secteur d’occupation, niveau de salaire, type de contrat, …) en fonction de leur origine. Et enfin, il formule des recommandations spécifiques au marché du travail.

Emploi et salaire des immigrés non européens de première génération en Belgique
Céline Piton (BNB/NBB)

L’objectif de cet article est d’analyser les principaux facteurs pouvant expliquer le plus faible taux d’emploi en Belgique des immigrés nés en dehors de l’Union européenne ainsi que leur moindre niveau de salaire. Pour ce faire, une base de données longitudinales unique couplant les informations administratives de la Banque Carrefour de la Sécurité Sociale avec les données d’enquête sur les forces de travail pour chaque trimestre allant de 2008 à 2014 est utilisée. L’analyse économétrique réalisée indique qu’à caractéristiques personnelles égales en termes d’âge, de genre, de niveau d’éducation et de région d’habitation, une personne née dans un pays hors de l’UE a 22% de probabilité en moins d’être en emploi qu’une personne née en Belgique. Une décomposition du type Oaxaca-Blinder montre que parmi les caractéristiques observées, c’est le niveau d’éducation qui explique la plus grande partie de l’écart, dont 77% demeure toutefois inexpliqués. Le niveau de salaire est également significativement inférieur à celui d’un natif à caractéristiques personnelles et professionnelles égales (salariés du secteur privé travaillant à temps plein, en contrôlant pour la branche d’activité et la région d’établissement de l’employeur). Ici encore, bien que le niveau d’éducation et le secteur d’activité expliquent une partie de cet écart, 80% de la différence reste inexpliquée.

Migration, discrimination salariale et sur-éducation : l’impact de l’hétérogénéité des travailleurs
Valentine Fays (UMONS-ULB) & Valentine Jacobs (ULB-UMONS)

De nombreux rapports européens pointent la Belgique comme mauvaise élève en termes de performance des migrants sur le marché du travail (Eurostat 2019, OECD 2018). Cet article vise à examiner l’ampleur de la discrimination salariale envers les travailleurs immigrés et si ces travailleurs ont plus de risques d’être sur-éduqués, sur base de données appareillées employeurs-employés pour le secteur privé belge couvrant la période 1999-2010. Nos résultats évaluent d’une part la discrimination salariale envers les travailleurs nés en dehors de l’UE15 à hauteur de 6,1%. Ce chiffre cache cependant une large hétérogénéité, la discrimination salariale différant substantiellement selon le pays de naissance des travailleurs. Nos estimations révèlent également que la discrimination salariale tend à disparaître au fur et à mesure que les travailleurs acquièrent de l’ancienneté au sein de leur entreprise et en cas de forte concurrence entre firmes sur le marché des biens et services. Nous estimons d’autre part une plus grande probabilité d’être sur-éduqué pour les travailleurs nés à l’étranger, particulièrement pour ceux qui sont nés dans les pays du Maghreb et en Asie, ainsi que pour les femmes et les travailleurs hautement éduqués. Toutefois, nos résultats indiquent une amélioration de la situation lorsque l’ancienneté au sein d’une même entreprise augmente et lorsque les migrants acquièrent la nationalité belge.

Immigration, Welfare and Inequality: How Much Does the Labor Market Specification Matter?
Frédéric Docquier (UCLouvain)

Macroeconomic models are increasingly used to quantify the welfare and inequality effects of immigration in the OECD countries. Existing studies differ in the way they formalize the labor market responses for immigrants and natives, which in turn govern the strength of the other transmission channels (e.g. public finances, price index, or total factor productivity). In this paper, we build and parameterize a general equilibrium model that allows to compare seven labor market specifications. These variants combine different assumptions concerning labor supply decisions, unemployment rates and wage levels, as well as different calibration strategies. Quantitatively, we find that the labor market specification matters. Modelling unemployment is instrumental to assessing the average welfare effects from immigration, while modelling labor force participation is instrumental to assessing its inequality effects. The specification choice is usually more important than the calibration of labor market elasticities, except for the choice of the elasticity of substitution between immigrants and natives.

Europe’s ever expanding mobility patterns – posting, third-country nationals and the single European labour market
Dries Lens, Ninke Mussche & Ive Marx (University of Antwerp)

The single European labour market has been assessed by literature as disappointing, due to the fact that labour mobility levels are still quite modest. In this article, we use Belgian data on posting to argue that the single European labour market is far less disappointing if all actually occurring labour mobility streams are taken into account. The single European labour market has come to consist of various streams of mobility, out of which long-term mobility is just one modest stream. Long-term mobility based on the free movement of workers is increasingly complemented and even surpassed by highly circular and more temporary mobility streams of posted workers based on the free movement of services. Another rapidly growing mobility stream consists of third-country nationals (TCNs) who are mobile within Europe as posted workers. Based on case-law of the European Court of Justice, TCNs with a valid work and residence permit in one member state, can be posted freely across the EU. Such mobility streams render the European labour market more promising, yet at the same time more challenging. More promising, as EU labour mobility is adapting to the preferences of workers and businesses. More challenging in view of fears that posted workers are undercutting wages and labour standards. That there are serious issues of monitoring and enforcement is clear.

Regard des Belges sur l’immigration: le verre à moitié plein
Abdeslam Marfouk (ULiège)

Au cours des dernières années, l’immigration s’est imposé comme un sujet central du débat politique en Belgique avec une intensification des voix anti-immigration dont le discours et la rhétorique reposent sur de fausses représentations de l’immigration et un certain nombre de contre-vérités. La stigmatisation des immigrés est le “cœur de métier” des partis racistes et xénophobes, en l’occurrence la Nouvelle Alliance flamande (N-VA), le premier parti au niveau national et le Vlaams Belang, le grand vainqueur des récentes élections en Belgique, et d’autres politiciens populistes. Ces forces anti-immigration veulent faire croire à l’opinion publique que la majorité des Belges est hostile à l’immigration. Mais qu’en est-il vraiment? Par ailleurs, il est bien établi que les représentations au sujet de l’immigration jouent un rôle déterminant au niveau des attitudes individuelles à l’égard de l’immigration. Dès lors, deux autres questions complémentaires se posent: Les Belges sont-ils bien informés sur l’immigration? Une meilleure information sur les différents aspects de l’immigration réduirait-elle le sentiment anti-immigration? L’objectif de cette contribution est de répondre à ces questions.